Poésie
Les Brisants
30 avril 2026
On a traîné nos nus pieds
Sous le vent aux brumes salées,
Trouvé le refuge d'un instant
Dans cet étrange bar : les Brisants.
Mélange de bois de charpente
de guirlandes et d'estampes.
Le bois flotté à présent vole
A côté les coquillages somnolent
Et les esquifs qui les ont amassés
Prônent en maquette sur tous les parapets.
De vieux marins, de jeunes loups
Foulent le carrelage chagrin d'un pas lourd
Pressant la vieille du comptoir
Que les Brisants leur servent à boire !
Sort alors en un sifflet des vieux phares
Un breuvage liquoreux qui leur donne l'espoir...
Sous le rideau de poulies, derrière une lampe à huile
Sous leur casquette bleue grise, ils préparent leur fuite...
Attendant au milieu de leur bar brocante,
Où chaque bibelot balbutie leurs errances,
De retrouver ce qui les attire et les hante :
Ces clapotis qu'ils exècrent dans leur routine
Ces paniers aux ventre lourd de langoustine,
Et le bruit incessant des goélands qui chantent...
Là-bas le sel de leurs yeux, sur l'océan aride,
Quand l'horizon embrasse la marée,
Laisse sur leurs joues et dans le cœur une marque indélébile
Ce qu'il faut de courage et de folie pour embarquer...
Alors je me prends à rêver entre marins et estampes,
D'un refuge serein rempli de refrains et de lampes
Où préparer ma fuite en quelques instants...
J'irai reprendre un café crème aux Brisants...
