Slam
Taïga
5 avril 2026
Elle est arrivée après la Taïba dans la Taïga.
Dans son pantalon taille basse,
elle a regardé au loin les soldats se faire tailler en pièces par les rapaces.
Moi,
allongé là,
impuissant,
ne sentant plus mes jambes,
ne sentant plus mes bras,
elle a regardé en silence dévaliser les Dafkas,
dans l'épais brouillard de guerre qui enveloppait la Volga.
A l'abri des regards indiscrets,
la Sibérienne se mettait à califourchons sur les soldats.
Défroquant d'inertes innocents pour en extirper des breloques ou des pansements,
elle ondulait dans un étrange corps à corps qui aurait réveillé les bienheureux s'il n'était pas mort.
Les tirs cadencés des canons résonnaient dans mes oreilles,
et je pensais au copain sur le front qui loupait cette merveille.
Qu'elle ne m'eût pas sauvée en me voyant,
m'était à cette heure indifférent.
Vladimir ou Olga seraient le nom de nos enfants,
me disais-je euphorique en claquant des dents.
Parmi les maigres rayons de soleil qui perçaient le feuillage,
j'implorais tous les saints de Russie pour un simple effeuillage.
Oh,
je t'en prie,
mon trésor,
mets tes mains en douce tout au fond de ma bouche pour une dent en or.
Je te laisse allègrement me sourire aux lèvres mon ultime redevance,
mes deux pièces d'argent.
Et sur le pas de la grande porte,
dans un ample mouvement,
j'irai saluer mon hôte,
faucher mes contents.
Merci à toi,
Dieu ou même Satan,
car dans le froid sidéral de mes derniers instants,
cette hyène sibérienne avait pour moi des allures de printemps.
